Les yeux écarquillés, je regarde les deux livreurs déposer non sans mal l’énorme caisse en bois dans l’entrée de mon appartement. Et malgré la taille plus que respectable de mon entrée, je dois bien avouer qu’elle semble bien petite à l’instant présent.
— Voilà, M’dame ! Faut signer là !
— Heu oui… bien sûr. Et vous m’avez dit quoi, au fait, à propos de l’expéditeur ?
— C’est une certaine Madame Zakharova, M’dame.
Si la première fois que le livreur avait prononcé son nom, mon cerveau n’avait pas réagi, cette fois, je ne peux contenir un frisson qui me parcourt de la tête aux pieds. Mon cœur ayant manqué un battement (ou peut-être même plusieurs) je sens le livreur s’inquiéter de mon état.
— Ça va, M’dame ? Vous vous sentez bien ?
— Heu, je… oui oui, ça va. Je vais bien.
— Ok ! Bon ben, je crois qu’on est bon. On va vous laisser, alors. Bonne journée, M’dame !
— Oui. Bonne journée.
La porte qui claque derrière les deux hommes me fait sursauter, me sortant de ma torpeur. Me voilà seule face à la chose.
Reprenant mes esprits, j’attrape une pince dans la boîte à outils et commence à faire sauter les grosses agrafes qui maintiennent le panneau latéral. Les pointes de métal sont fermement plantées dans le bois, mais ma curiosité en vient à bout l’une après l’autre.
Plus que quelques-unes et je pourrai enfin découvrir ce que cette caisse contient. J’avoue que son contenu m’intrigue autant qu’il me fait peur. Car à vrai dire, cette Madame Zakharova ne m’est pas tout à fait étrangère, bien au contraire. Et c’est justement ça, la source de cette sensation étrange, mélange d’angoisse et d’excitation.
Car pour comprendre l’état dans lequel je me trouve, alors que la dernière agrafe saute et que je sens le panneau de bois se désolidariser du reste de la caisse, il faut remonter quelques semaines plus tôt. Lors de cette fameuse journée où les éléments avaient décidé de se déchaîner…
Ma voiture arrêtée sur la place faisant face à l’immense façade de la propriété, j’attendais que l’averse se calme. Si la pluie avait déjà commencé à tomber sur les derniers kilomètres, c’était à présent un déluge qui s’abattait sur la tôle de ma petite Fiat.
Madame Zakharova n’était pas du genre à donner des interviews tous les quatre matins. Alors, quand elle m’avait appelée pour fixer un rendez-vous, j’avais accepté sur-le-champ.
Profitant d’une petite accalmie, me voilà bondissant de ma voiture, parapluie à la main, pour me précipiter sous le large porche encadrant l’immense porte d’entrée.
Toc ! Toc ! Toc !
Ma main venait, non sans peine, de faire claquer le lourd anneau de fer forgé contre la plaque en métal fixée à la porte. Le bruit avait résonné avec une telle force qu’il me paraissait impensable qu’il n’ait pas été entendu jusqu’à la dernière pièce de ce qui avait tout d’un manoir. Mais à vrai dire, vu la taille de la bâtisse, il fallait bien ça.
Profitant de ce moment d’attente, je secouai et repliai mon parapluie. Puis je réajustai mon tailleur gris, tirai sur ma jupe — que je trouvais tout d’un coup trop courte — et replaçai le col de ma veste à l’aveugle, espérant ne pas empirer le rendu.
On m’avait prévenue à propos des goûts et des lubies de cette femme lunatique et sûrement bipolaire. Mais à trente-deux ans, j’étais prête à tous les sacrifices pour décrocher cette interview. Interview pour laquelle n’importe quel journaliste aurait vendu père et mère (et sûrement le reste de la famille).
À ce qu’on m’avait dit, elle ne supportait pas la médiocrité, ni l’exubérance. Elle aimait la discipline, le pouvoir… et par-dessus tout, le faire ressentir à son interlocuteur.
Ok ! Elle voulait de la petite journaliste douce, timide et malléable ? Soit ! J’allais lui en servir, moi, de la journaliste docile, toute à son écoute et prête à recevoir la moindre de ses confidences (croustillantes, si possible), pour peu qu’elle veuille bien se livrer.
Je n’eus pas à attendre longtemps pour que la lourde porte en bois ne s’ouvre sur une domestique, menue et court-vêtue. C’était à se demander comment cette chose aussi fragile, de sûrement tout juste vingt ans, avait pu ouvrir cette porte qui devait faire cinq fois son poids.
— Bienvenue au manoir Vologda, Madame. Ma maîtresse est impatiente de vous rencontrer.
Elle m’avait fait signe d’entrer, et je m’étais retrouvée dans un hall d’entrée sûrement aussi grand que mon appartement tout entier.
J’avais tout juste balbutié un petit « bonjour » étranglé par la surprise, que déjà la frêle jeune femme me délestait de ma veste. Et pendant qu’elle se retournait pour l’accrocher au mur et planter mon pépin dans un porte-parapluie, j’en profitais pour scruter subrepticement sa silhouette pour le moins attirante.
À bien y regarder, la hauteur de ses talons, inversement proportionnelle à celle de sa jupe, ne semblait avoir rien de réglementaire. Tout comme cette longue natte blonde, entrelacée d’une cordelette de cuir et disparaissant dans l’échancrure de son dos.
La jeune femme, au maintien plus que droit et au menton haut, venait de se retourner. Je détournai le regard juste à temps pour ne pas paraître impolie et éviter un moment de malaise.
C’est là que j’entendis une voix venant du fond de l’immense hall d’entrée. Cette voix, mélange de sensualité et de fermeté, était accompagnée d’une silhouette d’une élégance rare qui s’avançait vers moi. L’ensemble de cuir noir, composé d’une jupe au-dessus du genou et d’une veste du plus bel effet, moulait parfaitement la créature qui se trouvait à l’intérieur.
Grande, blonde, la soixantaine passée depuis maintenant quelques années, la femme qui s’avançait vers moi était la classe incarnée.
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— Ah ! Vous voilà enfin ! Judith, c’est bien cela ?
— Heu… Oui, c’est ça. Enchantée, madame Zakharova.
Il était clair que c’était le genre de femme à vous faire perdre vos moyens. Et son regard qui me déshabillait, et me disséquait de la tête aux pieds, n’était pas pour arranger les choses.
Ignorant parfaitement sa domestique qui se tenait droite comme un piquet et les mains dans le dos, la maîtresse des lieux renchérit :
— Ça fait tellement longtemps que je voulais rencontrer la « fameuse » journaliste…
— Fameuse ? Vous exagérez un peu, je…
— Ne faites pas la modeste. J’ai adoré votre dernier article !
— C’est gentil. Je…
— Aaaah ! Ça me fait tellement plaisir de vous avoir avec moi ! Mais ne restez pas là. Venez, je vous prie !
Mais c’est en faisant un pas vers elle que je me rendis compte que je ne savais absolument pas où je mettais les pieds, au sens propre comme au figuré. Car mon talon venait de s’enfoncer dans quelque chose de… mou.
— Oh mon Dieu !
Mon regard fixant mes pieds, je ne savais par quoi je devais être le plus horrifiée : par la boue collée à mes chaussures et qui me donnait un air de paysanne revenant du champ, ou par le sexe masculin qui sortait du sol et dans lequel mon talon venait de se planter de tout mon poids.
Tandis que je relevais la tête, autant surprise que gênée, le petit sourire de Natalia, tout comme les gémissements provenant à présent de sous le plancher, me confirmèrent ce que mon cerveau ne pouvait se résoudre à croire. Il fallut qu’elle reprenne la parole pour me sortir de mon état de pétrification.
— Eh bien, allez-y, ma chère ! C’est fait pour ça ! Essuyez-vous les pieds.
— Mais…
— Roooh… Comme ça, regardez !
Avec une brutalité qui contrastait avec son ton enjoué et amusé, la semelle de sa chaussure venait sans plus de manières d’écraser le sexe bandé du pauvre homme coincé sous le plancher. Ayant retiré mon talon juste à temps pour lui laisser la place, la voilà bientôt qui piétinait avec un sadisme non dissimulé le membre viril donnant déjà des signes de faiblesse.
— Vous voyez, très chère, ce n’est pas compliqué.
Puis elle cessa de piétiner la pauvre verge meurtrie pour l’écraser de tout son poids, ne laissant plus apparaître que le gland au bord de l’explosion.
Ce n’est que lorsque les gémissements étouffés furent au plus fort que l’inévitable arriva. Un jet blanc, puis un second et enfin un troisième venaient d’arroser le sol.
Natalia, le visage entre dégoût et colère, donna un dernier coup de pied dans la chose à présent flasque avant de crier vers sa domestique :
— Perrine ! Nettoyez-moi tout ça !
— Oui, tout de suite, Madame.
Quelle ne fut pas ma surprise de voir la jeune femme s’accroupir en face du sol souillé.
Ainsi à genoux, la langue tendue, elle semblait tenter avec difficulté de se pencher pour atteindre la visqueuse texture. Mais la pauvre ne dut pas être assez rapide au goût de Madame, car le pied de sa maîtresse venait de plaquer son innocent visage, face contre terre, la joue baignant dans le jus poisseux.
La bouche trempant dans la semence encore chaude, la jeune fille semblait contenir des cris de douleur tout en essayant d’atteindre les flaques blanchâtres de sa petite langue rose.
C’est là que je compris !
Sa longue natte blonde tendue à l’extrême, enlacée de la fameuse cordelette de cuir lui tirant la tête en arrière, passait sous le tissu pour ressortir sous sa petite jupe noire. Jupe qui s’était relevée sur ses hanches à cause de la position cambrée imposée par le pied de sa maîtresse. Mais ce qui m’acheva, dans un mélange d’horreur et de stupéfaction, ce fut la vision de l’extrémité de la cordelette attachée à… Oh mon Dieu… à un crochet métallique, lui-même planté dans l’anus étiré de la jeune sodomisée. Je comprenais à présent l’expression crispée sur son doux visage souillé de sperme. Pourtant, malgré la douleur que je ressentais à voir la malheureuse souffrir ainsi, je dois avouer qu’une part de moi ne pouvait s’empêcher d’être excitée par cette vision. Mais où étais-je tombée ?!
Alors que je balayais la pièce du regard, soudain, tout devint clair ! Mon manteau, qui bougeait par à-coups sur son crochet mural tout ce qu’il y a de vivant. Mon parapluie, planté au sol dans un orifice qui se contractait en spasmes irréguliers. Et tous ces meubles aux designs plus que suspects, dans lesquels j’imaginais des corps contorsionnés et contraints.
Mon Dieu ! Tous ces gens réduits à de simples objets pour le seul plaisir de cette femme !
Car à défaut d’être une maîtresse de maison, la femme qui se tenait devant moi était une maîtresse tout court. Je n’étais pas entrée dans une maison, mais dans un donjon ! Rien qu’à cette idée, je me sentis soudain perdre mes moyens, comme prise au piège dans quelque chose qui me dépassait et qui pouvait basculer à tout moment vers une situation que mon esprit se refusait à envisager.
À cet instant précis, je pus lire dans le regard de Natalia le plaisir de voir que j’avais compris. Un sourire en coin, elle savourait l’instant… ce moment si malaisant, mais qui était sûrement pour elle semblable au plus délicieux des nectars.
Puis, à nos pieds, les bruits répugnants de langue et d’aspiration cessèrent. D’un regard méprisant, Natalia inspecta le travail de sa domestique, puis la libéra non sans un soupir.
— Allez, ça ira ! Oust ! Nettoyez-moi ce visage et allez nous préparer du thé. Mon invitée et moi avons du travail.
Son regard complice envers moi me fit frémir. J’imaginais déjà des choses… tant de choses. Puis je me souvins de la raison de ma présence ici. Il fallait absolument que je me concentre sur ma mission.
La soubrette se releva alors en grimaçant.
— Tout de suite, Madame.
Et le regard baissé, dans une démarche empreinte de douleur dont je comprenais à présent la cause, elle se dirigea vers l’un des longs couloirs sans demander son reste.
À la vue de mon expression, sûrement mi-hébétée, mi-horrifiée, Natalia sentit que c’était le moment de me rassurer, si elle ne voulait pas que je reparte en courant sans me retourner.
— Vous savez, ils sont tous majeurs et consentants, autant qu’ils sont. Ils ont tous signé un contrat.
— Mais pourquoi acceptent-ils ça ?
— Je n’en sais rien. Peut-être par fascination pour ma personne, qui sait… ou tout simplement pour fuir quelque chose.
Elle avait dit ces mots d’un air pensif, qui aurait pu passer pour de la condescendance. Mais je sentais que ces paroles, malgré les apparences, étaient sûrement bien plus profondes qu’il n’y paraissait.
Et même si elles n’effaçaient pas ce dont j’avais été témoin, elles avaient tout de même eu le mérite de me détendre un peu. Et cela avait dû se voir sur mon visage, comme en témoignait le grand sourire rassuré de mon hôte.
— Allez ! Nettoyez vos chaussures, que l’on se mette au travail.
Elle m’avait dit ça en me désignant un trou dans le sol, à moins d’un mètre du sexe mou qui gisait à présent tel un cadavre. Et à vrai dire, lorsqu’à l’approche de ma semelle, une langue en sortit pour entamer le nettoyage, je ne fus même pas surprise. Mieux, j’en éprouvai une indéniable satisfaction.
Et alors que mon talon aiguille coulissait entre les lèvres soumises, et que le sexe non loin de là reprenait de la vigueur, je ne pus m’empêcher de ressentir cette pointe de je ne sais quoi qui m’aurait donné envie de bien plus.
Natalia dut le sentir, car un sourire narquois aux lèvres, elle me rappela à mon devoir :
— Allez, très chère… assez joué ! Nous avons du travail !
Extrayant alors, non sans un certain regret, mon talon enduit de salive, je la suivis en direction de son bureau.
Couverts par le bruit de nos talons qui martelaient le sol en s’éloignant, quelques gémissements persistèrent encore un instant dans la pièce que nous quittions.
Dans le hall d’entrée, à présent désert, le paillasson humain reprenait vie : dur, raide… bandé comme il se doit pour servir sa maîtresse.
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